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Arabie Saoudite : déjà 48 décapitations en 2018 & 58 à venir


Par Philippe Martinat

Que reste-t-il des signes d’ouverture affichés par Mohammed Ben Salmane ? Dans ce royaume ultra-conservateur, les décapitations s’accélèrent et des militants des droits de l’homme sont jetés en prison.
Sale temps pour les Droits de l’homme - et de la femme - en Arabie Saoudite. Le royaume wahhabite n’a certes jamais eu la réputation d’être la terre bénie de la démocratie. Depuis des décennies on y pratique la décapitation en public des condamnés et la Muttawa, la police religieuse, a toujours fait respecter les mœurs austères du royaume à grands coups de bâtons.

Mais depuis le début de l’année le régime dirigé d’une main de fer par Mohammed Ben Salmane - désigné prince héritier en juin 2017 - a imprimé un tournant de plus en plus autoritaire sur sa population. Selon les ONG internationales, 48 décapitations auraient été exécutées de janvier à avril 2018 et 58 personnes se trouveraient a actuellement dans le couloir de la mort.

Peine de mort requise contre des militants des droits de l’Homme
Les condamnations visent de plus en plus souvent des militants et des militantes des droits de l’Homme comme Israa Al-Ghomgham, une dissidente chiite dont le procureur du royaume a récemment requis la peine de mort à son encontre. Son « crime » ?Avoir fait de la publicité sur des manifestations hostiles au régime dans la Province orientale.

Le jugement sera rendu fin octobre, mais l’inquiétude grandit. « Israa et quatre autres personnes font aujourd’hui face à la pire peine possible et ce, pour leur engagement dans des manifestations antigouvernementales », déplore Samah Hadid, directrice Moyen Orient d’Amnesty International.

Arrêtées dans la même vague, des féministes saoudiennes sont également détenues depuis plus de cent jours. « Je connais très bien l’une d’elle, Iman al Nafjan, que j’avais fait témoigner dans mon livre (1). C’est une jeune femme charmante, mère d’un enfant de deux ans, qui s’est simplement battue pour la cause des femmes, notamment pour qu’on ne leur interdise plus de conduire une voiture », raconte la journaliste Clarence Rodriguez, longtemps correspondante en Arabie Saoudite.

Ces derniers mois, le prince Ben Salmane a donc envoyé des signes pour le moins contradictoires. Après avoir prêché un islam éclairé et la modernisation du royaume (en accordant notamment le droit de conduire aux femmes et en ouvrant des salles de cinéma), après avoir aussi fait les yeux doux aux investisseurs du monde entier, le jeune prince a aussi montré un visage assez effrayant.

«Les gens ont peur et ne savent plus où il veut emmener le royaume»
Brutal, il n’a pas hésité à emprisonner récemment un de ses plus proches conseillers économiques jugé responsable du coup d’arrêt de la cotation en bourse du géant Saudi Aramco victime de l’effondrement des cours du pétrole depuis 2014.

Mohammed Ben Salmane est aussi resté sourd aux appels à la clémence venus du monde entier vis-à-vis du jeune blogueur Raif Badawi, emprisonné depuis 2015 et régulièrement fouetté.

« En dix mois, Ben Salmane est passé du statut de prince héritier réformateur à celui d’autocrate, pointe Clarence Rodriguez. Sur place, les gens ont peur et ne savent plus où il veut emmener le royaume. » Après avoir mené une purge contre une partie de la famille royale et quantité d’hommes d’affaires, l’homme fort de Riyad, embourbé dans une guerre de plus en plus meurtrière au Yemen, apparaît lancé dans une inquiétante fuite en avant.

(1) Révolution sous le voile (éditions First)

Source: Le Parisien

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