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L'Espagne unanime, la France complice



Carte a été publiée par le magazine espagnol «l'Aventure de l'Histoire» sur les zones qui ont été ciblées par les armes de destruction massive au Rif

Les observateurs se rappellent que las Cortés, le parlement espagnol, a fini par rejeter, en février 2007, après des reports répétitifs étalés sur une année et demie, la « proposicion no de ley », sur l'utilisation des armes chimiques de destruction massive contre le Rif, introduite par L’ERC, ( Isquierda republicana per catala ), le 28 juillet 2005. La proposition de loi déposée par l’ERC a été publiée au Bulletin Officiel des cortés, sous le titre « reconnaissance des responsabilités et réparations des dommages consécutifs à l'usage d'armement chimique dans le Rif ». Le rejet, après moult reports, avant toute discussion, de cette proposition de loi a pu se faire en raison d'une alliance contre nature entre le Parti populaire et le Parti socialiste ouvrier espagnol.

Ce n'était pas la première fois que l'utilisation d'armes chimiques de destruction massive dans le Rif faisait l'objet d'un débat aux Cortes. Déjà, en août 1921, après la désastreuse défaite subie par l'armée espagnole à Anoual, les députés Solano et Crespo de Lara avaient soumis la question au Congrès des députés. L'Espagne voulait se venger de Abdelkrim et des Rifains. Des pétitions furent signées et, outre les militaires, quasiment l'ensemble de la classe politique espagnole était favorable à l'utilisation d'armes chimiques. La décision fut prise par le roi Alphonse XIII lui-même, en 1922. Pourtant, les armes chimiques, utilisées pendant la première Guerre mondiale, étaient depuis prohibées par les conventions internationales, signées au demeurant par l'Espagne, la France et l'Allemagne. Les traités ratifiés par les Etats européens interdisaient tant leur production, leur stockage, leur commercialisation, que leur utilisation.

Au départ, l'Espagne ne disposait pas d'armes chimiques de destruction massive. C'est là que la complicité de la France apparut, avec la société Schneider. Tout en condamnant l'utilisation des armes chimiques, l'Hexagone ne se priva pas d'en vendre à l'Espagne et même de former des techniciens. Par la suite, intervinrent le Dr Allemand Hugo Stolzenberg et la société du même nom. Mais l'achat de ce type d'armes s'avérant insuffisant, l'Espagne décida de les produire elle-même. Ce qu'elle fit à Madrid, dans la fabrique de la Marañosa, au demeurant toujours en activités, puis dans le Rif, entre Melilla et Nador.

Initialement utilisées par l'artillerie, les bombes chimiques furent ensuite, pour la première fois dans l'Histoire, larguées par l'aviation. Les premiers bombardements aériens à base d'ypérite (gaz moutarde) eurent lieu les 14, 26 et 28 juillet 1923 et s'intensifièrent à partir de 1924. Les attaques ciblaient non pas less belligérants mais la population civile, à des endroits et à des moments de forte affluence : sur les marchés, les jours de souk hebdomadaire. Al'époque, dans l'armée espagnole, on ne parlait pas d'armes chimiques, mais plûtot de gaz, de bombes X, de bombes spéciales... Dans une lettre datée du 6 septembre 1922 adressée à la societé des Nations, l'émir Abdelkrim interpella les « nations civilisées » sur l'utilisation « d'armes prohibées » par l'armée espagnole. Durant plusieurs décennies, le crime fut gardé sous silence.

En se penchant sur les archives historiques puis militaires, chercheurs et historiens ont commencé à déterrer l'affaire il y a une dizaine d'années. Rudibert Kunz et Rolf-Dieter Müller, Maria Rosa de Madariaga, Carlos Lazaro, Angel Viñas, Sebastian Balfour et d'autres ont brisé le tabou. La société civile s'en est mêlée, ainsi que le journal Le Monde Amazigh, des experts, des chercheurs, des militants... Il n'est pas une famille rifaine qui n'ait parmi ses parents au moins une personne atteinte de cancer. Longtemps, on a essayé de faire croire que c'était dû à la consommation de produits en provenance des enclaves de Sebta et Melilla. Aujourd'hui, il est incontestable qu'il a été fait usage d'armes chimiques de destruction massive de type ypérite, phosgène et chloropicrine contre les Rifains. Pour rappel, ce sont ces mêmes armes qui furent employées par le régime de Saddam Hussein contre le peuple Kurde lors des bombardements sur la ville de Halabja, en 1988.
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Extrait de l'ouvrage: Armes chimiques de destruction massive sur le Rif de 
Mimoun Charqi.

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